Un bâtiment récent est-il un gage de bonne isolation phonique ?

Non.




Je vais tout de même développer un peu…
Du point de vue de l’acoustique, le bâtiment en France traîne un boulet qui se fait de plus en plus lourd : une réglementation qui n’a pas bougé depuis un quart de siècle.

La « Nouvelle Réglementation Acoustique » (ou NRA) est basée sur l’arrêté du 30 juin 1999. Elle a eu le mérite de poser enfin une réelle réglementation quant aux performances acoustiques des bâtiments dont le permis de construire est postérieur au 1er janvier 2000. Avant ça, la réglementation était si faible qu’on aurait quasiment pu estimer qu’elle était inexistante. Depuis 1996, il y avait un texte assez précis sur ce qu’on pouvait attendre de l’isolement en façade (qui est d’ailleurs intégralement repris dans l’arrêté de 1999), mais c’était à peu près tout. En tout cas, il n’y avait pas vraiment d’exigence objective sur les autres aspects de l’acoustique du bâtiment.

L’arrivée de la NRA, donc, a plutôt bien fait avancer les choses. On peut donc estimer qu’en moyenne il y a du y avoir à l’époque un réel progrès quant aux performances acoustiques des bâtiments.

… Sauf que depuis, ça n’a quasiment plus bougé… Et les évolutions dans d’autres secteurs (thermique et énergétique du bâtiment, notamment, mais aussi les règles environnementales et urbaines) ont tout de même fait évoluer les problématiques acoustiques du bâtiment.
Un paramètre, en particulier, a considérablement varié : le niveau de bruit résiduel dans les pièces de vie a significativement baissé. En soit, c’est plutôt une bonne chose : on est moins perturbé par le bruit extérieur. Les causes sont diverses : l’évolution de l’exigence d’isolation thermique de façade a mécaniquement entraîné une amélioration de l’isolation acoustique. Les politiques environnementales et urbanistes ont dans de nombreux cas contribué à une diminution du bruit sur les routes et dans les rues… Et c’est ce qui, paradoxalement, pose problème et est à la base de nuisances acoustiques plus graves qu’auparavant.

On entend moins le bruit extérieur, certes… Mais cela aggrave le potentiel nuisible des bruits intérieurs, qui émergent beaucoup plus aisément du bruit de fond, or la réglementation ne l’a à ce jour toujours pas pris en compte. Pourtant, les produits et techniques ont également évolué, y compris en ce qui concerne l’aménagement et le partitionnement des habitats, mais la performance acoustique tend à saler le budget… Et comme la réglementation ne demande rien de plus qu’il y a 25ans, on ne fait souvent rien de plus (d’autant qu’on estime à tort ou à raison que l’acoustique coûte cher… Ce que je ne nierai pas systématiquement, mais dans bon nombre de cas ça ne pèserait pas si lourd que ça, et parfois ça permettrait même finalement quelques économies à moyen ou long terme en évitant certains problèmes)… Par ailleurs, la suppression de certains ponts thermiques (en particulier en faisant en sorte que les murs de refend n’atteignent plus la maçonnerie en façade) ont pu créer des ponts phoniques (le son passe par l’espace laissé entre le mur de refend et la façade dans le doublage). Ce n’est pas une fatalité (en travaillant sérieusement les liaisons, on peut facilement trouver de bons compromis), mais dans les faits, ça créé tout de même souvent un problème acoustique.

En fait, toute la réglementation acoustique de 1999 a été écrite pour un niveau de bruit résiduel de 30dBA dans les habitats… Sauf qu’aujourd’hui il est plutôt entre 15 et 20dB. J’en mesure rarement beaucoup plus la nuit dans un bâtiment récent (même en plein centre ville, on est d’ailleurs souvent plus proche de 15dB que de 20 !). Dès lors, avec un isolement aux bruits aériens réglementaire de 53dB entre une pièce de vie et le logement voisin, on est vite en mesure de pouvoir noter chaque mot d’une dispute dans l’appartement d’à côté. De même, on tolère toujours un niveau de bruit d’équipement (VMC, chaudière, descentes d’eau…) de 30dBA… Sauf qu’un bruit à 30dBA dans un environnement qui n’en génère que 15, ça fait une émergence de 15dBA. Il faut savoir qu’une émergence de seulement 3dBA est reconnue comme gênante la nuit par le Code de la Santé Publique (à raison !). L’émergence est réputée perceptible (et donc potentiellement gênante, selon sa nature et la sensibilité de l’auditeur) à partir de 1dBA.

Donc voilà, dans beaucoup de cas, un appartement récent sera effectivement très bien isolé en façade. Probablement bien mieux qu’au siècle dernier ou même que dans les années 2000… Mais, revers de la médaille, dans bon nombre de cas cela aggrave les problèmes de bruits voisinage à l’intérieur de l’immeuble, voire les problèmes de bruits d’équipement directement à l’intérieur de l’appartement.


Enfin, bien évidemment, on évitera de tirer de cela des généralités. Même sans réglementation digne de ce nom, on a tout de même su avant 1999 ou 1996 concevoir des logements confortables du point de vue de l’acoustique, y compris en ce qui concerne l’isolement de façade. La loi n’y contraignait pas, mais un constructeur compétent et de bonne volonté pouvait faire tout aussi bien voire mieux que ce qui s’est fait plus tard. Il en va de même aujourd’hui : la réglementation n’impose que des minimas que l’on peut évidemment surpasser.
Malheureusement, beaucoup de bâtiments en restent à ces minimas, et les occupants sont alors surpris de tout entendre de leurs voisins alors qu’ils attendaient un confort supérieur venant d’une construction neuve. Cette mauvaise surprise a d’ailleurs de graves répercutions psychoacoustiques, rendant inconsciemment insupportables des nuisances que l’on aurait su ignorer venant d’un bâtiment dont on n’attendait rien.

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